Médiation scientifique et TIC

De Atelier Culture.

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Atelier Culture

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De l'impérieuse nécessité d'une médiation scientifique et technique renforcée !

On voit fleurir, en cette période, nombre de controverses médiatiques au sujet des sciences et des techniques.

De la controverse sur le changement climatique impliquant le GIEC, Vincent Courtillot et Claude Allègre, en passant par celle qui tourne autour du vaccin contre la grippe A/H1N1 qui s’étend à la vaccination en général jusque les « conspirationniste » sur la théorie de l' « inside job » du 11 septembre, la paranoïa au sujet des prétendues « chemtrails » et l'idée selon laquelle personne n'aurait marché sur la lune en 1969, la société débat, les rumeurs circulent, les esprits s'échauffent et se perdent.

Le rôle d'internet dans ce phénomène socio-culturel est majeur !

Loin de diaboliser ces technologies, il s'agit de prendre conscience de ses implications sociales.

Internet, c'est le pair à pair, c'est l'expression de tous, de chacun. Pour peu qu'on ait accès à la technique, il est aujourd'hui aisé de devenir éditorialiste, de constituer des dossiers, de réunir des informations de toute nature pour produire du sens.

Ainsi les wikis, les blogs, les groupes sur les réseaux sociaux fleurissent, les informations circulent et les opinions se forgent avec ce qu'on lit, ce qu'on voit, ce qu'on échange.

La parole est libérée ! Mais nous sommes dans un espace médiatique, nous sommes dans un espace de controverses et de débat ou seul les mieux armés à s'exprimer sont entendus. Et ces paroles sortent d'internet, diffusent dans la société via les médias classiques et les individus.

C'est donc le règne des ficelles de l'expression :

  • Rhétorique.
  • Images chocs.
  • Montage vidéos efficaces.
  • Grosses ficelles qui fonctionnent dans les média classiques : émotion, catastrophismes, « preuves » soit-disant évidentes, pseudo scientifiques qui témoignent,...
  • Croyances diverses de type sectaire, …

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, adhérer à ces idées qualifiables de farfelues ou surréalistes, n'est pas l'apanage des personnes de niveau socio-culturel modestes ! Les fameuses CSP ++ (catégories socio-professionnelle « élevées ») sont touchées également ! Le problème c'est qu'elle sont également prescriptrices ! Si tel cinéaste, tel scientifique, tel personne ayant fait des études « intellectuelle » supérieures, cultivée, « intelligente » adhère à telle thèse, quelle position dois-je adopter moi qui n'ait pas forcément la culture nécessaire ?

Hors, il ne s'agit pas de culture ou de connaissance ! Il ne s'agit pas de tête bien pleine ! Il est question ici d'esprit critique, de capacité à décrypter le brouhaha ambiant, les intérêts des locuteurs, les techniques rhétoriques,... Il est question de tête bien faite ! (évidement une culture sur les sujets débattus est nécessaire, mais ce n'est pas sur la connaissance que se joue l’enjeu !).

Toutefois, internet est un espace médiatico-socio-culturel vaste et on trouve également quelques site web qui fournissent des balises pour aider les citoyens à se construire une opinions. Citons, parmi d'autres :

Hélas, il y en a trop peu ! Comment outiller intellectuellement les citoyens à être critique, à savoir naviguer dans le flux d'information d'internet qui déborde dans les média traditionnels ? Comment apprendre à trier ?

Bertrand Labasse, auteur d'un rapport à la commission européenne, met en avant la nécessité d'un travail de sur la médiation des connaissances scientifiques. D'ajouter au classique « qui, quoi, quand, ou et comment » un « Et alors » fondamental !

André Giordan, didacticien des sciences, ajoute la nécessité d'une éducation à la complexité.

En effet, un apport fondamental des sciences de l'environnement nous montre que le monde est complexe et interdépendant. Ces deux concepts, mis ensemble, sont des notions difficiles à populariser.

Par exemple : Qu'est ce que la biodiversité ? Une liste de bestioles et de plantes ? Vivant sur un milieu ? Pas seulement et ce serait même une erreur de s'arrêter à ces conceptions. La biodiversité c'est d'abord l'ensemble des inter-relations entre les êtres vivants. Je digère ce que je mange grâce à l'action des bactéries de mon tube digestif, je mange des plantes ou des animaux qui vivent en dépendant de pollinisateurs, de bactéries du sol, du climat, de la qualité des sols,... Bref, la biodiversité c'est un ensemble de relations complexes et interdépendantes entre êtres vivants sur la terre.

La démarche scientifique nous enseigne également que la « vérité » est quelque chose de subtile, également complexe, nuancée, provisoire et incertaine. Il n'est pas rare aujourd'hui de croiser des personnes qui affirment : Si la science c'est le doute, alors tout se vaut ! Astrologie, mystique, superstitions, croyance, pensée dominante contre pensée alternative. Le doute en science est un doute méthodologique pour passer toute hypothèse au crible de la critique, de l'expérience, du débat afin d'obtenir la connaissance la plus solide qui soit. Il ne faut pas confondre esprit critique et esprit de contradiction, doute méthodologique et doute systématique, débat d'idée et combat d'individus.

Notre position de citoyen, d'adulte responsable en position d'effectuer des choix, est de plus en plus en complexe : Comment s'y retrouver dans les controverses au sujet du climat ? Devenir expert de la question ? C'est impossible ! Déléguer aux experts la responsabilité du choix ? C'est renoncer à la démocratie pour choisir « l'expertocratie » ! Nous sommes donc condamné à choisir dans le doute ! Et c'est bien cela qu'être citoyen ! Le risque zéro n'existe pas ! La vérité unique n'existe pas !

Internet est un outil formidable parce qu'il libère l'accès aux connaissances et à la culture parce qu'il libère également l'expression citoyenne, parce que c'est un espace d'innovation sociale et parce que c'est un espace éminemment ancré dans le monde matériel !

C'est pour cela qu'il faut que chacun soit outillé pour prendre des décisions ! Et c'est aujourd'hui un des enjeux majeurs de l'éducation, de l'appropriation sociale des sciences !

C'est pour cela qu'il faut aujourd'hui massivement investir cet espace, en étant connecté au monde matériel et quotidien, il faut construire des balises, des références qui permette au citoyen de comprendre « comment ça marche ? » (internet, web, http, ftp, mail,...), de se saisir des enjeux (internet ou minitel 2.0 ? Neutralité du net, protection des données privées, partage pair à pair, droit d'auteurs, libre) et de naviguer dans l'information.

La vulgarisation des science ne suffisait déjà plus, l'appropriation sociale des sciences ne suffit plus, il faut ajouter une éducation à la complexité, à l'interdépendance et à la culture informationnelle !